Transfert de compétence assainissement aux intercommunalités : ce qui change
Depuis 2015 et la loi NOTRe (loi n° 2015-992 du 17 août 2015 sur la nouvelle organisation territoriale de la République), les communes ont l'obligation de transférer leurs compétences en assainissement — collectif et non collectif — aux établissements publics de coopération intercommunale (EPCI). Cet article explique les raisons de ce transfert, ses impacts concrets sur les budgets locaux, l'organisation des services et la charge pour les usagers, et pourquoi cette réforme a transformé le paysage de l'assainissement français.
Le contexte : pourquoi cette loi de transfert obligatoire ?
Avant 2015, la plupart des communes géraient seules — ou pour les plus petites, via un syndicat intercommunal restreint — leur assainissement collectif et non collectif. Cet éparpillement présentait des inconvénients majeurs :
- Inefficacité opérationnelle : les petites communes isolées ne disposaient pas des moyens techniques et humains (ingénieurs, agents de contrôle qualifiés) pour gérer des services complexes;
- Disparités tarifaires : les redevances d'assainissement variaient énormément d'une commune à l'autre, sans lien direct avec les coûts réels;
- Investissements fragmentés : pas de vision stratégique à l'échelle d'un bassin versant ou d'un schéma directeur homogène;
- Non-conformité environnementale : de nombreux secteurs restaient mal équipés ou non conformes aux directives européennes sur l'eau.
La loi NOTRe a donc imposé ce transfert pour mutualiser les moyens, améliorer la qualité des services et garantir une meilleure protection de l'environnement à l'échelle territoriale.
Calendrier et modalités de transfert
La loi imposait un transfert des compétences au plus tard le 1er janvier 2026. Après cette date, les communes n'exercent plus directement la compétence assainissement, qui est devenue la responsabilité exclusive de l'EPCI dont elles relèvent.
Depuis avril 2025, une loi nouvelle (loi n° 2025-327) a assoupli ce caractère obligatoire : le transfert n'est désormais plus imposé, mais reste possible par décision de l'EPCI et de ses communes membres. Toutefois, la grande majorité des territoires ont déjà effectué ce transfert ou l'ont engagé de façon irréversible.
Ce qui change pour les collectivités : budgets et organisation
Fusion des budgets d'assainissement
Lors du transfert, l'EPCI reprend l'ensemble des actifs et des passifs en matière d'assainissement (réseau, stations, équipements du SPANC) et en assume le financement. Cela signifie :
- Les communes ne facturent plus directement la redevance d'assainissement : c'est l'EPCI qui la perçoit;
- Les budgets de maintenance et d'investissement (travaux de réhabilitation, extension de réseau) sont regroupés à l'échelon intercommunal;
- Les tarifs tendent à s'harmoniser progressivement sur le territoire, bien qu'une transition tarifaire puisse être ménagée pour éviter des augmentations brutales dans les secteurs au tarif antérieurement bas.
Restructuration des équipes
Le transfert implique une réorganisation des ressources humaines :
- Agents du SPANC : les contrôleurs auparavant employés à titre communal sont réaffectés à l'EPCI ; cela permet de couvrir plus régulièrement l'ensemble du parc ANC du territoire;
- Techniciens d'exploitation : les responsables des stations d'épuration et des réseaux collectifs sont regroupés sous une seule chaîne de command, facilitant la coordination;
- Harmonisation des pratiques : l'EPCI peut établir une doctrine commune de contrôle, de maintenance et de tarification, réduisant les disparités locales.
Mutualisation des équipements et des compétences
La mutualisation offre des avantages concrets :
- Partage d'outils et de logiciels de suivi (bases de données des installations ANC, comptage d'eau usée, maintenance prédictive);
- Meilleure continuité de service : les petites communes ne risquent plus d'être isolées en cas d'absence ou de départ d'un agent;
- Economies d'échelle : achats groupés d'équipements, prestations partagées (diagnostics, curage).
Ce qui change pour les usagers : la facture et le service
Impacts tarifaires
Le transfert de compétence s'accompagne généralement de modifications de la redevance d'assainissement :
- Les communes ayant un tarif historiquement bas peuvent voir leur redevance augmenter lors du rattachement à l'EPCI (harmonisation);
- À l'inverse, les communes avec un tarif élevé peuvent bénéficier d'une stabilisation ou d'une baisse progressive;
- La transparence tarifaire améliore : chaque foyer peut voir explicitement comment sa redevance est calculée et à quoi elle sert.
Important : l'EPCI doit justifier tout changement tarifaire et permettre une phase de transition. Les débats sur la répartition des charges entre usagers du collectif et usagers du non-collectif sont courants et légitimes, l'EPCI devant s'assurer d'une répartition équitable.
Amélioration du service rendu
En contrepartie de la mutation tarifaire, le citoyen bénéficie généralement d'une meilleure qualité de service :
- Contrôle ANC régulier : le SPANC mutualisé dispose de capacités accrues et peut contrôler plus régulièrement les installations;
- Réactivité aux incidents : un service consolidé peut intervenir plus rapidement en cas de débordement ou de dysfonctionnement;
- Communication claire : l'EPCI publie un bilan de fonctionnement annuel portant sur l'ensemble du service (eau/assainissement), transparent quant aux investissements et aux indicateurs de performance.
Ce qui change pour les petites communes rurales
Pour les petites communes qui géraient jusqu'alors seules leur SPANC, le transfert représente un soulagement majeur : elles n'ont plus à recruter ni à former un agent de contrôle, financier ou technique. Cette responsabilité est désormais portée par l'EPCI, dont les moyens et l'expertise sont mieux proportionnés à la tâche.
Cependant, certaines communes craignent une dilution de leurs enjeux locaux au sein d'une structure plus grande. D'où l'importance pour l'EPCI d'assurer une présence technique locale via des relais territoriaux, tout en gardant une vision stratégique globale.
Ce qui ne change pas : la responsabilité du propriétaire
Important : le transfert de compétence de la commune à l'EPCI ne change rien pour le propriétaire immobilier. Celui-ci reste responsable :
- En zone collectif : du raccordement obligatoire et du paiement de la redevance d'assainissement;
- En zone non-collectif : de l'installation, du bon fonctionnement et de l'entretien régulier de son système d'épuration individuel, sous le contrôle du SPANC (désormais coordonné par l'EPCI).
Les délais de mise en conformité, les modalités de contrôle et les obligations réglementaires restent identiques — seul l'interlocuteur change (d'une commune à l'EPCI).
Pour aller plus loin : anticiper le changement
Si votre région vit actuellement ou vivra prochainement un transfert de compétence, quelques points à clarifier :
- Auprès de votre mairie : jusqu'à quand la commune gère-t-elle encore l'assainissement, et qui sera le nouvel interlocuteur après transfert ?
- Auprès de l'EPCI : quels seront les tarifs post-transfert, et quelle sera la transition tarifaire prévue ?
- En cas d'installation ANC : vérifier auprès du nouveau SPANC que votre installation reste en conformité selon les critères de l'EPCI, qui peuvent différer légèrement des anciens critères communaux.
Conclusion
Le transfert de compétence en assainissement aux intercommunalités représente une profonde mutation des services publics locaux, portée par la loi NOTRe depuis 2015. S'il impose une adaptation organisationnelle et tarifaire à court terme, il offre aux territoires une meilleure maîtrise technique, une stratégie cohérente et une amélioration progressive de la qualité de l'assainissement collectif et non collectif. Pour les collectivités et les usagers, il s'agit d'une opportunité de se mobiliser autour d'une politique d'assainissement durable et équitable à l'échelle territoriale.
TEC'BIO vous aide à structurer votre assainissement
Vous êtes collectivité, EPCI ou commune ? Nous accompagnons la structuration et l'amélioration de votre SPANC ou de votre schéma d'assainissement. Contactez-nous pour discuter de votre stratégie territoriale.
